Ce qu'une paire de boucles voit depuis un lobe d'oreille

Et si vos bijoux pouvaient parler ? J'ai prêté ma plume à l'une de mes créations. Voici une journée racontée à hauteur d'oreille, par une pampille cœur de la collection AMOROSA.

HISTOIRE

L'atelier Fimoline

6/13/20264 min read

13 h — Le rayon de soleil qui me trahit

Midi passé, une terrasse, un déjeuner. Le soleil tombe de biais et c'est là que je donne mon petit spectacle : la feuille d'or accroche la lumière et lance un éclat doré sur la joue d'en face.

La personne assise en face le remarque. « Elles sont jolies, tes boucles. C'est où ? »

Je gonfle de fierté. Parce que je sais ce que la plupart des gens ignorent : je n'existe nulle part en double exact. La feuille d'or a été posée main, et la main tremble un peu, hésite, recommence. C'est ce micro-tremblement qui fait que je suis moi et pas une autre. Les machines fabriquent des copies. Céline, elle, fabrique des originaux qui se ressemblent — c'est très différent.



Je m'appelle AMOROSA. Enfin, c'est le nom que Céline m'a donné — moi, je ne suis qu'un petit cœur de pâte polymère, à peine deux centimètres et demi, rehaussé d'une feuille d'or posée à la main. Léger comme un secret. Et depuis ce matin, j'ai la plus belle place du monde : un lobe d'oreille.

D'ici, je vois tout. Laissez-moi vous raconter.

7 h 12 — Le tiroir, puis la lumière

Avant, il y avait le noir doux de la pochette. On y est bien, entre sœurs — ma jumelle et moi, accrochées à nos créoles, on attend. Et puis ce matin, deux doigts m'ont saisie. J'ai senti l'hésitation, ce petit silence devant le miroir où l'on se demande laquelle, aujourd'hui ?

C'est moi qu'elle a choisie.

Le crochet a glissé. Un frisson tiède le long du cou. Et soudain, la lumière. Le monde à l'envers et à l'endroit, le balancement. Je ne suis plus un objet dans une boîte : je suis portée. Croyez-moi, il n'y a pas de plus belle promotion pour un bijou.


18 h 45 — La fatigue, et la fidélité

Le soir tombe. La journée a pesé sur les épaules, pas sur les oreilles. Je suis toujours là, fidèle, intacte. La résine qui me glace m'a protégée du parfum vaporisé à la hâte ce matin, des cheveux relevés puis détachés, du col du manteau.

C'est ça aussi, un bijou en pâte polymère : on le croit fragile parce qu'il est léger, et il vous accompagne pourtant du premier café jusqu'au dernier métro sans broncher.

De mon lobe, je vois maintenant la fatigue heureuse de fin de journée. Et je sais que dans un instant, deux doigts vont à nouveau me saisir, délicatement, pour me reposer dans ma pochette.

9 h 30 — Au bureau, je tiens compagnie

On dit que les boucles d'oreilles ne servent à rien. Que c'est un détail. Si vous saviez.

De ma place, je vois la nuque qui se penche sur l'écran, l'épaule qui se contracte quand un mail tombe mal, la main qui remonte parfois jusqu'à moi — distraitement — pour vérifier que je suis là. Ce geste-là, je l'adore. C'est une caresse qui ne dit pas son nom.

Quand elle rit au téléphone, je danse. Quand elle réfléchit, je reste sage. Je suis le témoin discret de toute une journée que personne d'autre ne verra d'aussi près. Ni le reflet du miroir, ni la photo : moi.

Et comme je ne pèse presque rien — deux à trois grammes, c'est le poids d'une plume — elle m'oublie. C'est le plus beau compliment qu'on puisse faire à une pampille : se faire oublier tout en étant là.

22 h — Retour dans le noir doux

Le crochet glisse en sens inverse. Un dernier reflet dans le miroir. Et la voix tout bas : « Voilà, à demain. »

À demain. Comme si j'étais quelqu'un.

Et c'est peut-être ça, le secret d'un bijou fait main : il ne décore pas une tenue. Il tient compagnie à une vie. Je retourne dans le noir doux de ma pochette, près de ma jumelle, et j'attends déjà le prochain matin où, devant le miroir, une main hésitera — laquelle, aujourd'hui ?

J'espère que ce sera encore moi.